Posted: 2010-04-22 15:58:29 by Marie-Eve Deleris
Quand j’explique ce qu’est Le Projet Mémoire, un commentaire que je reçois souvent est : Y en a-t-il assez encore à interviewer? » Ou bien, «Vous auriez dû faire ça il y a bien longtemps ! » Il est vrai que ce projet est une course contre la montre, et le sentiment d’urgence est parfois palpable dans nos bureaux. Mais je commence à saisir les avantages de ces contraintes car la sagesse qui découle de réflexions faites en rétrospective est inestimable : Ces anciens-combattants partagent aujourd’hui leurs expériences avec nous à la lumière de toute une vie vécue ! Je m’aperçois que je ne peux pas simplement aller puiser une anecdote de guerre si je n’ai pas d’abord pris le temps de saisir la personne dans sa totalité et comprendre comment la deuxième guerre a affecté le cours de sa vie. Ivan Felderg, juste après qu'il soit retourné à la vie civile dans la ferme de ses parents à Camrose, Alberta. C’est un peu comme ça que je me suis rendue à l’évidence que tous les anciens combattantsque j’ai interviewé ont eu une vie après la guerre directement reliée à leurs années de service, et ce de toutes sortes de manières. La plupart d’entres eux ont trouvé du travail grâce à leurs expériences durant la guerre. Les compétences obtenues dans leurs vies militaires étaient grandement utile dans la vie civile, par exemple l’éthique au travail ou bien les habiletés en relation humaine, comme un ancien combattant le mentionne : « Je savais qu’en devenant patron, je voudrais traiter mes hommes avec un grand respect, tout juste comme nous le faisions au sein de notre régiment durant la guerre. Je note aussi un grand sens de solidarité et de reconnaissance des années de service lorsqu’un ex-soldat se cherchait du travail. On m’a souvent confié ce genre de commentaires : « Quand le patron a entendu dire que j’avais servi dans l’armée, il a ajouté un bon commentaire dans mon dossier », ou bien quand ils ont vu honourably discharged dans mon application, ils m’ont tout de suite embauché », ou encore, « J’ai eu de l’aide de la part du gouvernement pour retourner exploiter la ferme… » Mais ce qui me touche le plus c’est que j’ai entendu maintes et maintes fois comment les anciens combattants ont dû essayer de s’y remettre, de rester sain d’esprit, de ne pas perdre la tête quand ils parlent de leur retour à la vie civile en temps de paix après avoir vécu la guerre. Tous les vétérans que j’ai interviewés passent au moins un commentaire concernant la futilité de la guerre et dénigrent l’état du monde actuel avec une certaine tristesse. Bien sur, la plupart d’entres nous avons déjà entendu ce genre de musique, mais de l’entendre de la part de quelqu’un qui l’a réellement vécu, ça pousse notre réflexion plus loin lorsqu’on survole un article sur un conflit lointain dans le journal du matin. Finalement, Le Projet Mémoire sert à donner un visage à la guerre en créant le lien entre le passé et le présent. Donc, oui, il y a encore pas mal de vétérans à interviewer, et ils en sont à un point dans leurs vies ou ils partagent beaucoup plus que des anecdotes hollywoodiennes, ce sont des hommes et des femmes qui ont une appréciation de la vie toute particulière, et qui ont vécu des vies bien remplies à la lumière de ce que la guerre, ironiquement, leur a appris sur le respect, la compassion, la dignité, l’appréciation. On dit souvent que dans notre culture occidentale nous manquons de liens avec nos « anciens », nos aïeux, et que ce sont eux qui gardent la connection entre le passé et le présent dans la transmission de savoirs et sagesses. Je dirais qu’il est grand temps que nous tendions l’oreille !