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L'ÉPUISEMENT AU COMBAT

Posted: 2010-04-29 14:09:16 by Andrew Theobald


Les anciens combattants interviewés dans le cadre du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale font souvent état d’expériences éprouvantes, sinon franchement traumatisantes. Mais ils évoquent rarement certaines questions délicates liées à ces épreuves. Nous n’insistons jamais puisque le principe même du projet consiste à leur donner toute liberté de raconter à leur façon ce qu’ils ont vécu, ce qui explique en fait qu’ils parlent peu de ces aspects de la guerre.

Art Bridge
Art Bridge en Angleterre, 1942.
Fin mars, j’ai toutefois interviewé Arthur « Art » Bridge, ancien combattant des Argyll & Sutherland Highlanders, essentiellement grâce à l’enthousiasme de son fils Kieran. M. Bridge avait déjà publié un courageux récit des combats de Saint-Lambert-sur-Dives dans la revue Canadian Military History (numéro de l’été 2000 : « In the Eye of the Storm: A Recollection of Three Days in the Falaise Gap, 19-21 August 1944 ») et dans quelques autres publications. Natif de Belleville, en Ontario, il s’était enrôlé dans l’infanterie en février 1942 à l’âge de 17 ans. Après son entraînement au Canada et en Grande-Bretagne, il a rejoint la Normandie en juillet 1944 au sein de la 4e Division blindée canadienne. Jusqu’ici, son parcours ressemble à celui de milliers d’autres soldats, mais ce qu’il a vécu ensuite le distingue de ses camarades.

Le soldat Bridge a participé aux rudes combats qui ont fait rage du Point 195 au canal Léopold. Puis le 14 octobre 1944, dans la ville belge de Watervliet, il est tombé d’épuisement sous les bombardement allemands. On l’a évacué de la ligne de front et les médecins l’ont déclaré inapte au combat. Dans le jargon militaire de l’époque, on parlait alors de « blessé neuropsychiatrique ». On l’a donc relégué jusqu’à la fin du conflit dans l’unité de buanderie mobile de la 3e Division d’infanterie canadienne. M. Bridge a parlé en toute franchise de cet épisode. J’avais auparavant interviewé des dizaines d’anciens combattants, dont beaucoup de soldats d’infanterie, mais c’était la première fois que l’un d’eux s’exprimait sur la dimension traumatique de la guerre. Pourtant, comme le savent ceux qui ont lu Battle Exhaustion: Soldiers and Psychiatrists in the Canadian Army, 1939-1945 (livre de Terry Copp et Bill McAndrew paru en 1990), les blessés neuropsychiatriques ont totalisé jusqu’à 20 pour cent des pertes de l’Armée canadienne. Il faut lire cet excellent ouvrage pour comprendre les raisons de ce phénomène, et lire l’émouvant témoignage de M. Bridge pour en prendre la pleine mesure.


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