Posted: 2010-08-13 11:22:40 by Colin MacKenzie
Il y avait un an environ qu’une de mes meilleures amies réalisait des entrevues pour le Projet Mémoire quand je suis passé faire un brin de conversation autour d’un café au bureau de Toronto où elle travaille. À ce stade, des centaines d’entrevues avaient déjà été enregistrées, mais Jenna et Jill, les coordonnatrices du projet, cherchaient des moyens plus créatifs de diffuser ces fascinants témoignages. Mon expérience touche surtout au domaine de la musique mais je réalise aussi des documentaires, j’ai fait des reportages à la radio et produit des balados. Pourquoi pas une collaboration ? Après d’intenses discussions, beaucoup de café et quelques bières, nous décidons de créer une première série de balados, cinq en français et cinq en anglais. Rien ne me passionne autant qu’une bonne histoire. Cela remonte à mon enfance, quand ma mère me lisait avant le coucher Le Magicien d’Oz ou Charlie et la Chocolaterie. Et si je savais que le Projet Mémoire visait à réunir les témoignages d’anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale, jamais je n’aurais imaginé la richesse et la profondeur exceptionnelles de leurs récits. Oui, certains décrivent des épisodes héroïques ou des évasions dignes du cinéma hollywoodien, mais j’ai surtout découvert en me plongeant dans les archives à quoi ressemblait vraiment la vie de ces soldats. C’était il y a presque 70 ans. La plupart avaient à peine 20 ans, beaucoup cherchaient simplement à échapper à la pauvreté et tous, homme et femmes, sont revenus de la guerre profondément transformés. Mais aussi troublants que soient ces récits de guerre, où les atrocités le disputent en horreur à la mort et à la destruction, beaucoup sont étonnamment teintés d’humour. Même dans les moments les plus sombres et les plus terrifiants, ces jeunes soldats semblaient trouver la force de sourire et de plaisanter. Sans doute est-ce ainsi qu’ils ont pu conserver la raison et leur humanité. On note aussi une tristesse et une réelle empathie pour les soldats ennemis tués au combat. Tous ne voyaient donc pas l’ennemi comme le diable en personne, contrairement à ce que peut nous faire croire Hollywood. Dans la majorité des témoignages que j’ai écoutés, chacun semblait parfaitement comprendre que « l’autre, c’est aussi nous-mêmes ». Je me sens extrêmement privilégié d’avoir eu l’occasion de réaliser cette série de balados. J’ai énormément appris et je remercie chaque jour ces anciens combattants d’avoir témoigné de ce qu’ils ont vécu.