Posted: 2009-12-16 13:35:46 by Stéphanie Markowitz
Lors d’un récent atelier sur l’histoire orale et la narration numérisée, le professeur Stephen High, de l’Université Concordia, décrivait comment son équipe recueille des témoignages à des fins historiques. Pour certains projets, l’interview d’un témoin peut durer plusieurs heures à la fois et s’étendre sur plusieurs années, M. High expliquant qu’il faut parfois très longtemps aux gens pour retracer dans toute leur profondeur leurs souvenirs et leur expérience. Le processus est très différent dans le cas du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale. Premièrement, les témoins sont tous octogénaires et approchent parfois les 90 ans. Nous arrivons souvent trop tard et, quoi qu’il en soit, nous avons très peu d’années devant nous pour réaliser nos entretiens. Sans parler des conditions du projet, qui nous laissent rarement plus d’une demi-heure pour interviewer un ancien combattant. C’est plutôt contraignant quand on s’arrête à y penser. Comment en effet capter l’essentiel du récit souvent terrible d’un homme ou d’une femme ayant participé à la guerre, et qui évoque son expérience après tout ce temps ? Est-ce seulement possible en moins d’une demi-heure ? Mais j’ai constaté qu’en mettant à l’aise l’ancien combattant qu’on s’apprête à interviewer, et en lui proposant de décrire ce qu’il ou elle désire vraiment transmettre de ses années de service, on peut obtenir pendant ce court moment un témoignage exceptionnel. Car ces anciens combattants partagent souvent le même sentiment d’urgence que nous. Le temps nous est compté pour documenter leurs récits et souvenirs. Et même s’ils en ont très peu parlé depuis plus de 60 ans, l’entretien ravive parfois leur mémoire avec grande acuité. Sans incitation particulière de notre part, ils peuvent alors livrer un témoignage très détaillé.