Posted: 2010-06-08 08:11:58 by Katie DeClerq
M. Johnson Combattre l’ennemi du haut des cieux aux commandes d’un avion peut donner la frousse, mais il est tout aussi affolant decourir au sol à toutes jambes pour sauver sa vie. Robert Gordon Johnson, pilote de chasse accompli de la Royal Air Force (RAF), a confié au Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale un récit où se mêlent camaraderie et reconnaissance, et une palpitante description de l’âpre bataille qu’il a livrée au-dessus de la Birmanie contre de avions japonais Zero. Mais plus mémorable encore, il y a ces 23 nuits passées seul dans la jungle, pourchassé par l’armée japonaise. À 92 ans, M. Johnsonse souvient comme si c’était hier de ce jour où il a atterri en catastrophe dans une jungle birmane envahie de soldats japonais. Pour éviter d’être aussitôt capturé, il s’est précipité hors de son avion pour trouver à toute vitesse à se cacher dans une crevasse entourée de buissons. Après avoir semé ses poursuivants, il s’est lancé à la recherche d’une base alliée en vue de rejoindre son escadron, pour se retrouverau cœur d’une bataille où il a été pris pour cible par des soldats indiens qui l’avaient confondu avec un soldat ennemi ! Après trois jours de marche, guidé par des habitants de la région, il a finalement atteint les lignes alliées. Réalisée par le professeurAndrew Theobald, directeur de la Recherche et des Collections du Projet Mémoire, cette entrevue constitue à ses yeux le meilleur témoignage que nous ayons recueilli. Il faut dire que M. Johnson a livré son récit avec une telle passion qu’elle a duré plus d’une heure. Revenons justement sur deux dimensions de son récit. D’une part, on dirait presque un conte pour enfants : un jeune homme qui adore piloter des avions se retrouve soudain en grande difficulté, puis il parvient à se tirer sain et sauf d’une situation périlleuse. D’autre part, les inflexions de la voix de M. Johnson révèlent la tragique réalité de ce qu’il a vécu. D’un ton à la fois calme et vibrant, il décrit chaque obstacle qu’il a dû surmonter pour réintégrer son unité. Mais comme lui-même le précise, ce genre defin heureuse était loin d’être la règle. Notre ancien combattant a eu de la chance, il a été courageux et intelligent. Qui pourrait seulement s’imaginerégaré en pleine jungle, avec presque rien à boire ou à manger, pourchassé à moins de 200 mètres par d’impitoyables ennemis ? Le plus incroyable, c’est qu’on peut survivre à d’aussi grands périls pour ensuite les relativiser en les mettant au compte de la guerre. Comme l’a fait M. Johnson, qui dit avoir tiré sans état d’âme sur les Japonais car ils traitaient avec une insoutenable cruauté les soldats alliés, dont beaucoup sont morts sous la torture. Non, tout ne finissait pas toujours aussi bien… De retour de cette cavale de 23 jours où il avait frôlé la mort, M. Johnson a été envoyé par son unité dans tous les escadrons pour leur apprendre à survivre dans la jungle. Jusqu’à la fin de la guerre, il a ensuite formé des soldats aux techniques d’évasion et de camouflage. Beaucoup auraient définitivement quitté l’armée après avoir vécu pareille épreuve. Fier d’avoir survécu pour servir son pays, M. Johnson a choisi de rester dans la force aérienne jusqu’en 1949.