Travailler sur les Archives du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale est extrêmement gratifiant. En rencontrant les anciens combattants de la deuxième guerre mondiale et en écoutant leurs récits, j’ai l’occasion de réaliser que chaque histoire est complètement différente des autres et que chaque personne a une expérience et une manière de regarder les choses tout à fait unique. Tout au début de mon travail avec le Projet, je ressentais une certaine timidité et j’avais adopté une manière assez formelle d’aborder les anciens combattants. J’étais peut-être trop sensible et trop attentive au fait que je demandais à des gens dont l’âge tourne autour des 80 ans de faire resurgir des souvenirs qui étaient sans doute parmi les plus sombres de leur existence –évènements qui avaient eu lieu plus de 65 ans auparavant. Maintenant, malgré l’expérience acquise au cours d’un nombre considérable d’interviews, je suis toujours aussi décontenancée par le nombre de fois où il arrive qu’un ancien combattant se tourne vers moi et dise « merci ». Je comprends maintenant que bien que nous attendions quelque chose de leur part, avoir l’occasion d’être avec quelqu’un qui prend le temps d’écouter leurs histoires leur donne en même temps une profonde impression d’assertion. C’est un projet qui est bénéfique des deux côtés, bien au-delà des mots.
“C’est le genre de choses qui me restent en mémoire.” J’entends cette phrase à maintes reprises. Les uniformes complètement mouillés, les sorties successives, les hamacs, les pertes civiles, les confrontations avec l’ennemi, la perte des camarades. C’est le genre de choses qui me restent en mémoire. Je me suis jointe à l’équipe du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale peu après son inauguration en juillet 2009. En tant qu’agent de recherche et des collections, je recherche des anciens combattants afin d’enregistrer leurs témoignages vécus de la Deuxième Guerre mondiale. Chaque membre de l’équipe savait en partant que nous nous dirigions vers une expérience intense, inspirante et émouvante. Mais, je ne me suis pas tout de suite rendue compte de l’importance de ce travail. Après trois mois de travail, j’ai interviewé près de cinquante anciens combattants dans trois provinces. Leurs témoignages touchent plusieurs grands théâtres de la guerre et, plusieurs anciens combattants relatent leur expérience d’un même combat. Cela dit, chaque récit est unique. Le Colonel Bernard Finestone (retraité) de Montréal raconte le rôle de son unité blindée lors des combats féroces de la campagne d’Italie y compris les batailles du Mont Cassino et d'Ortona. Il décrit aussi le stress constant sur les champs de bataille. Le soldat Helen Jean Crawley parle de son travail avec les projecteurs et des filles avec qui elle a travaillé. Elle raconte aussi comment elle a appris à conduire une moto et de son travail en tant que motocycliste en Angleterre. L’officier pilote Malcolm Andrade est natif de la Guyane britannique et habite aujourd’hui Toronto. Il raconte une mission de l’Escadron #127, une unité d’aviation tactique, lors d’une attaque sur une colonne de soldats SS sur le terrain et comment un soldat allemand en motocyclette a tenté de s’enfuir. Le caporal John Franken, apprentis mécanicien de l’Aviation navale de la Hollande, est hanté par le souvenir de la cruauté dont il a été témoins et dont il a souffert lors de ses trois ans et demi dans un camp de prisonniers de guerre japonais. Il raconte comment sa vie a été épargnée à plusieurs reprises grâce au destin, à la chance et à la bonne fortune. Les récits sont stupéfiants, presqu’incroyables – ces gens ordinaires ont eu à vivre des expériences extraordinaires. Par contre, ce qui me touche le plus, c’est la générosité et le courage des anciens combattants dans leur volonté de partager leurs souvenirs. Ce n’est pas toujours facile pour eux de revivre les moments difficiles, mais ils le font. Ils nous ramènent dans les cockpits, dans les tranchées, dans les salles de machines et dans les cantines. C’est un honneur pour moi d’entendre leur voix au bout du fil ou de les rencontrer pour qu’ils puissent partager avec moi leurs récits. Il arrive souvent que même les membres de leur famille ne connaissent pas leur histoire. Souvent, l’ancien combattant se sent honoré de l’attention que je lui porte. Voilà la vraie valeur du Projet Mémoire. Nous nous intéressons à eux, nous leur posons des questions. Chaque ancien combattant tient un morceau du casse-tête. Chaque histoire est importante pour comprendre l’impact de la guerre. Nous posons des questions. Nous voulons savoir. Il est très facile d’avoir une vision romantique de cette période de l’histoire, des batailles livrées, des batailles gagnées mais ceci n’a que peu d’importance pour les anciens combattants que j’ai interviewés. Ils s’expriment sans sentimentalisme. Mais ils n’y vont pas de main morte non plus ; ils évoquent les bons souvenirs ainsi que les moments difficiles, les défis qu’ils ont eu à relever, l’horreur de ce qu’ils ont vécu et qui continue parfois à vivre encore aujourd’hui. Ils veulent informer les gens sur ce qui s’est passé et ils veulent qu’on se souvienne de ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Ce que je retire des ces trois mois vaut plus que l’ensemble de tous mes cours d’histoire. D’abord, je comprenais mal l’ampleur géographique de la guerre. Ensuite, j’en apprends beaucoup sur la stratégie militaire et sur la politique de l’époque. Aussi, j’en apprends beaucoup sur le Canada et sur le sens de la citoyenneté canadienne. Les gens interviewés pour ces archives ont maintenant quatre-vingt et quatre-vingt-dix ans. Ils ont une vision du monde bien à eux et une perspective unique sur à peu près tout. Ensemble, ils représentent la dernière génération à comprendre le sens de la préservation et à connaître les vrais enjeux. Ils connaissent le sens du sacrifice et le vrai coût de la guerre. C’est le genre de choses qui me restent en mémoire.
Bienvenue sur le blog du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale ! Ce blog se veut un regard en coulisse sur les travaux de nos chercheurs et de nos intervieweurs alors qu’ils parcourent le pays à la recherche de témoignages et de souvenirs d’anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale. Fraichement rentré de Montréal, l’équipe du Projet Mémoire avance à toute allure vers le temps fort du projet – la saison du Souvenir. À la fin septembre, nous avons rencontré plusieurs anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale à l’hôpital Sunnybrook de Toronto. Nous avons pu recueillir plusieurs témoignages stupéfiants. Le 1e octobre, nous avons rencontré les anciens combattants de Montréal à l’hôpital du ministère des Anciens Combattants Canada à Ste-Anne de Bellevue, sur l’Ouest De l’Île de Montréal. Nous avons été chaleureusement accueillis par le personnel de son centre de jour, le Centre Liaison. Merci à tous ! Vous avez grandement facilité le déroulement des entrevues. En dernier lieu, le 2 octobre, nous avons organisé un déjeuner à l’Hôtel de L’Institut situé au centre-ville de Montréal. Les anciens combattants ont pu savourer un délicieux repas tout en partageant leurs histoires avec notre équipe. Plusieurs témoignages et souvenirs viennent donc s’ajouter à nos archives et nous sommes ravis d’animer notre nouveau site web pour donner vie aux histoires émouvantes de nos anciens combattants. Revenez nous voir souvent pour vérifier les mises à jour. Notre équipe travaille 24 heures sur 24 à préparer de nouveaux témoignages !
J’ai commencé à travailler sur les Archives du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième guerre mondiale le mercredi 16 septembre 2009 sans avoir une idée bien définie de ce que ce serait en réalité que d’enregistrer les histoires des anciens combattants de la deuxième guerre mondiale. Une semaine plus tard, j’étais à l’hôpital Sunnybrook de Toronto en train d’interviewer des anciens combattants pour la première fois, et j’ai compris très vite que enregistrer les histoires et écouter les histoires sont deux choses très différentes. Enregistrer seulement suggère qu’on n’écoute pas et qu’on ne prend pas part à l’histoire; d’un autre côté, écouter les histoires veut dire qu’on entre en communication avec celui qui les raconte et qu’on commence à se sentir concerné par son histoire. A Sunnybrook, j’ai interviewé mon premier ancien combattant pour le projet tout entier, à l’époque lieutenant de l’Armée de l’air canadienne, le Lieutenant Joseph Hawkins. L’histoire de M. Hawkins, qui raconte son expérience de mitrailleur tourelle dans le ventre d’un bombardier de Halifax, m’a permis de voir clairement la différence entre enregistrer et écouter. Il a survécu à 36 sorties, et a décrit pour moi ce à quoi le monde ressemblait de là-haut pendant que le largage des bombes, « Quel jungle c’était là en dessous. Du feu, du feu, des bombes qui volent et des avions à l’horizontale, en train d’être abattus. C’était une vraie fournaise là en dessous. » Ses mots m’ont poussée à écouter, et apprécier entièrement les histoires que j’enregistre pour ce projet.