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C’EST LE GENRE DE CHOSES QUI ME RESTENT EN MÉMOIRE

Posted: 2009-10-26 09:09:58 by Shayla Howell


“C’est le genre de choses qui me restent en mémoire.” J’entends cette phrase à maintes reprises. Les uniformes complètement mouillés, les sorties successives, les hamacs, les pertes civiles, les confrontations avec l’ennemi, la perte des camarades. C’est le genre de choses qui me restent en mémoire.

Je me suis jointe à l’équipe du Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale peu après son inauguration en juillet 2009. En tant qu’agent de recherche et des collections, je recherche des anciens combattants afin d’enregistrer leurs témoignages vécus de la Deuxième Guerre mondiale. Chaque membre de l’équipe savait en partant que nous nous dirigions vers une expérience intense, inspirante et émouvante. Mais, je ne me suis pas tout de suite rendue compte de l’importance de ce travail.

Après trois mois de travail, j’ai interviewé près de cinquante anciens combattants dans trois provinces.
Leurs témoignages touchent plusieurs grands théâtres de la guerre et, plusieurs anciens combattants relatent leur expérience d’un même combat. Cela dit, chaque récit est unique. Le Colonel Bernard Finestone (retraité) de Montréal raconte le rôle de son unité blindée lors des combats féroces de la campagne d’Italie y compris les batailles du Mont Cassino et d'Ortona. Il décrit aussi le stress constant sur les champs de bataille. Le soldat Helen Jean Crawley parle de son travail avec les projecteurs et des filles avec qui elle a travaillé. Elle raconte aussi comment elle a appris à conduire une moto et de son travail en tant que motocycliste en Angleterre. L’officier pilote Malcolm Andrade est natif de la Guyane britannique et habite aujourd’hui Toronto. Il raconte une mission de l’Escadron #127, une unité d’aviation tactique, lors d’une attaque sur une colonne de soldats SS sur le terrain et comment un soldat allemand en motocyclette a tenté de s’enfuir. Le caporal John Franken, apprentis mécanicien de l’Aviation navale de la Hollande, est hanté par le souvenir de la cruauté dont il a été témoins et dont il a souffert lors de ses trois ans et demi dans un camp de prisonniers de guerre japonais. Il raconte comment sa vie a été épargnée à plusieurs reprises grâce au destin, à la chance et à la bonne fortune.

Les récits sont stupéfiants, presqu’incroyables – ces gens ordinaires ont eu à vivre des expériences extraordinaires. Par contre, ce qui me touche le plus, c’est la générosité et le courage des anciens combattants dans leur volonté de partager leurs souvenirs. Ce n’est pas toujours facile pour eux de revivre les moments difficiles, mais ils le font. Ils nous ramènent dans les cockpits, dans les tranchées, dans les salles de machines et dans les cantines. C’est un honneur pour moi d’entendre leur voix au bout du fil ou de les rencontrer pour qu’ils puissent partager avec moi leurs récits. Il arrive souvent que même les membres de leur famille ne connaissent pas leur histoire. Souvent, l’ancien combattant se sent honoré de l’attention que je lui porte. Voilà la vraie valeur du Projet Mémoire. Nous nous intéressons à eux, nous leur posons des questions. Chaque ancien combattant tient un morceau du casse-tête. Chaque histoire est importante pour comprendre l’impact de la guerre. Nous posons des questions. Nous voulons savoir.

Il est très facile d’avoir une vision romantique de cette période de l’histoire, des batailles livrées, des batailles gagnées mais ceci n’a que peu d’importance pour les anciens combattants que j’ai interviewés.

Ils s’expriment sans sentimentalisme. Mais ils n’y vont pas de main morte non plus ; ils évoquent les bons souvenirs ainsi que les moments difficiles, les défis qu’ils ont eu à relever, l’horreur de ce qu’ils ont vécu et qui continue parfois à vivre encore aujourd’hui. Ils veulent informer les gens sur ce qui s’est passé et ils veulent qu’on se souvienne de ceux qui sont tombés au champ d’honneur.

Ce que je retire des ces trois mois vaut plus que l’ensemble de tous mes cours d’histoire. D’abord, je comprenais mal l’ampleur géographique de la guerre. Ensuite, j’en apprends beaucoup sur la stratégie militaire et sur la politique de l’époque. Aussi, j’en apprends beaucoup sur le Canada et sur le sens de la citoyenneté canadienne. Les gens interviewés pour ces archives ont maintenant quatre-vingt et quatre-vingt-dix ans. Ils ont une vision du monde bien à eux et une perspective unique sur à peu près tout. Ensemble, ils représentent la dernière génération à comprendre le sens de la préservation et à connaître les vrais enjeux. Ils connaissent le sens du sacrifice et le vrai coût de la guerre. C’est le genre de choses qui me restent en mémoire.


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