Posted: 2010-09-01 14:53:08 by Katie DeClerq
J’ai tenté un beau jour d’initier ma grand-mère au courrier électronique. Elle m’écrivait de gentilles lettres, mais comme je suis un enfant de la fin du XXe siècle, j’ai insisté pour qu’elle apprenne à envoyer des courriels et à utiliser la messagerie instantanée. L’Internet nous permettrait de correspondre en temps réel, lui ai-je dit, sans le délai postal d’une semaine entre Ottawa et Toronto. Elle m’a promis de faire un effort. M. Stuart Byatt Mais bien sûr, après lui avoir expliqué en détail le fonctionnement du courrier électronique, nous avons décidé d’y renoncer. Non pas qu’elle était incapable d’en maîtriser l’usage, mais elle ne pouvait se résoudre à adopter une technologie aussi avancée par rapport à l’époque où elle avait vécu. Pour quiconque est né après les années 1980, l’Internet fait partie du quotidien, tout comme la radio était considérée comme une merveille technologique au tournant du XXe siècle. Il peut donc sembler paradoxal que le Projet Mémoire enregistre les témoignages d’anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale à l’aide de technologies qui leur sont souvent peu familières. Car au lieu de consigner nos entretiens sur des fiches, des cassettes ou des CD, nous les mettons en ligne pour que tous puissent les découvrir et les apprécier… à tout le moins ceux qui savent utiliser l’Internet. De plus, une grande partie de la couverture médiatique consacrée à notre projet se fait aussi en ligne, comme très souvent dans la presse actuelle, si bien que les anciens combattants ont parfois du mal à la retracer. La photo ci-dessous en est le parfait exemple. Stuart Byatt, un ancien combattant de la marine marchande, a été interviewé par Metro lors de notre événement de Calgary. Quoique très heureux de parler de ce qu’il avait vécu, il n’a lu le texte à son sujet que quelques jours plus tard, lors d’une rencontre du Projet Mémoire tenue à Canmore. Cette occasion de lui faire découvrir l’article a été aussi fructueuse qu’amusante : il était épaté de prendre part à un dialogue en ligne, malgré sa propre appréhension de l’Internet. Évidemment, le Projet Mémoire a pour but de léguer ces témoignages aux générations futures, qui savent déjà tout de l’Internet. C’est d’ailleurs grâce à cette technologie que nous en assurons la postérité. Mais il est tout aussi important pour nous de rendre ces récits accessibles aux anciens combattants qui nous les ont si généreusement livrés. Et c’est ce que nous avons pu faire en montrant à M. Byatt comment nous diffusons son témoignage au profit de tous. Pour en revenir à ma grand-mère, elle a finalement surmonté ses hésitations et s’est convertie à l’Internet. Elle nous envoie des mises à jour mensuelles, des messages humoristiques et des vœux d’anniversaire… mais le téléphone reste son moyen de communication préféré.