Veteran Stories:
Claude Charland

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On avait été redéployés prés justement de la 3-55, et puis je me souviens moi de la colline que j’occupais à ce moment-là, c’était 2-11 ou 2-21. J’étais la position du peloton de pointe et puis lorsque j’ai parlé tantôt, j’ai fait référence que j’étais rendu à 18 avec mon peloton, c’est à ce moment-là que j’étais à 18. Et puis on était sur une – disons par rapport aux ennemis – pas mal plus bas au point de vue position. Je parle de mon peloton. Ce qu’on appelle le commandant de contrôle de la compagnie était lui plus haut sur un pilon plus en arrière.

Alors on visait ce coin-là et puis on les entendait les obus passer et puis heureusement que je pouvais prendre les bearings dans le jour pour dire, dépendamment du nombre de tirs qu’ils avaient dans la journée, qu’est-ce qu’on pouvait s’attendre durant la nuit. Ceci dit je me plaignais de manquer de gens pour faire le boulot que j’avais à faire. J’avais remplacé un peloton de black watch, des British et puis malheureusement le commandant de peloton que j’ai remplacé moi qui était avant que le bataillon arrive, il lui restait deux jours à faire en Corée et puis il est mort en voulant me montrer un champ de mines.

Alors, ça a été un évènement que j’ai eu beaucoup de misère à digérer. J’ai eu finalement de mon journal de compagnie un message que finalement j’aurais trois gars pour venir m’aider, trois gars de plus. Et puis, finalement, les gars sont arrivés une journée puis moi j’étais pas sur ma position de peloton à ce moment-là, j’étais justement aux commandements, au poste de commandement de la compagnie. Et puis y a quelqu’un qui est venu faire un petit message à l’oreille du commandant de compagnie qui était le Major Pelletier à ce moment-là. Puis là Pelletier m’a regardé et il a dit : « Claude, t’es mieux de retourner à ton peloton. Y a de quoi qui se passe. »

Alors, c’est en retournant en parlant avec le signaleur qui était entré pour donner ce message-là que là j’ai appris que c’était quelque chose de grave, que mes trois gars qui étaient arrivés s’étaient [inaudible 00:02:21] par un obus. Ma difficulté était que – puis je veux l’exprimer parce que – ma difficulté était de dire d’abord les gars c’était des morceaux. Ils se sont fait prendre tous les trois par le même obus. Puis moi quand je suis arrivé sur les lieux là, on ramassait les morceaux des gars.

Ensuite de ça, je ne savais pas leurs noms. Je dis que la tâche d’un commandant de peloton à ce moment-là c’est d’écrire aux parents et puis leur dire que leur garçon en fin de compte, leur fils ou leur père ou leur mon oncle etc. leur frère est mort au combat pour l’honneur de la patrie. C’est difficile à dire quand on sait même pas le nom du gars. Et puis là, heureusement, j’ai rencontré le Padre et puis il m’a dit : « Claude, laisse faire. Je vais m’occuper de ça. »

Mais depuis ce temps-ci j’ai toujours eu dans l’esprit ces trois gars-là que j’ai pas connus et puis qui étaient flambant neufs; ils arrivaient les gars, là. Et puis que leur service s’est terminé en arrivant. Ça m’a dérangé un petit peu, je dois dire. [03 :44]Dans ce temps-là on parlait pas de choc post-traumatique, mais ça m’a affecté au point que j’avais beaucoup de difficulté à dormir et puis je suis fatigué très vite.

Puis finalement qu’est-ce qui est arrivé c’est que le commandant du bataillon m’a demandé de retourner. J’avais demandé d’avoir au moins une journée pour aller voir le médecin puis bon, j’ai dit : « Donne-moi de quoi pour que je dorme au moins un bon 12 heures. » Finalement, le commandant m’a vu le soir puis il m’a dit : « Claude, » j’étais pas seul, c’est un fait qui peut être vérifié, il m’a pas dit Claude, mais il m’a dit : « Lieutenant, vous allez faire un homme de vous-même. Retournez à votre peloton. »

Là j’ai dit : « Oui, monsieur. » Puis je me suis écrasé, ça s’est fini là. La première chose que j’ai su, j’ai été évacué puis c’est de même mon tour de Corée a fini. Disons que finalement le diagnostic a été exhaustion. Bon, alors, du côté administratif par la suite, disons que j’étais pas dans l’état d’esprit de retourner immédiatement servir sous une personne qui m’avait donné ce traitement-là. Je me plains pas; c’est tout simplement qu’on se connaissait pas tellement et puis je sais pas s’il était tout à fait au courant que j’avais déjà fait 14 sorties et puis etc.

Pour faire une histoire courte, c’est de même que j’ai quitté; ça a été la cause de mon départ du 22. J’ai été évacué puis finalement au Japon j’ai reçu mon rapport confidentiel de mon commandant, et puis qui me disait : « D’accord. » Il faisait justice pour mon expérience étant un homme avec assez de bonnes connaissances en tactiques. Puis j’avais donné des conseils qui avaient été tout de même appliqués, mais que je n’avais pas le stamina nécessaire pour faire un officier d’infanterie et d’autant plus qu’il recommandait que je retourne au civil.

Un évènement que je me souviendrai tout le temps c’est que sur ma position de peloton j’étais chanceux, j’avais deux tanks, deux Sherman et puis on se sentait très, très sécures avec cette présence-là. Puis je me souviendrai tout le temps, un bon matin, il était à peu près six heures du matin, il arrive un bon vieux monsieur, je dis bon vieux, c’est un genre personnel patriarche avec sa famille. J’ai l’impression qu’il y avait quatre générations avec lui. Et puis il voulait s’en aller en avant de notre ligne.

Puis là nous autres notre conseil c’était : « Il en est pas question. » Alors on avait de la misère à communiquer, on n’avait pas le don des langues à ce moment-là, puis là j’avais demandé à ce qu’on me trouve un interprète pour savoir exactement qu’est-ce qu’il voulait le bonhomme, et puis je le regardais, puis dans ses yeux il me suppliait. Puis là il me montrait sa famille avec un geste. Et puis là il pointait en bas de la colline. Finalement c’était quasiment l’heure de déjeuner et puis j’ai dit : « En attendant que la chose arrive, l’interprète, on va lui offrir au moins de quoi à manger. » C’est ça qui m’a permis d’avoir un petit-déjeuner un peu plus élaboré que d’habitude à cause de la position des tanks. Les tanks avaient des ressources plus fortes que les nôtres au point de vue nourriture.

Et puis on s’était assis, puis ils étaient à peu près sept. Ils étaient habillés en blanc, quand je vous dis en blanc, ils avaient à l’air à avoir le costume national de paysans. Finalement l’interprète venait pas et on avait mangé puis on pouvait pas converser mais on se regardait. J’ai dit : « Écoute un peu. S’il veut juste descendre la colline pour aller voir dans les petites huttes qu’il y a en bas, » et tout ce que je pouvais comprendre par les signes qu’il me montrait c’est qu’il y avait une de ses huttes-là qui était la sienne. J’ai dit : « On va le laisser descendre mais il descendra pas tout seul. »

Alors j’ai organisé un petit groupe de gars, en fin de compte pour sa sécurité puis notre sécurité nous autres aussi parce que on sait jamais. J’ai dit : « Pas plus qu’une heure en bas. » Ils sont descendus les gars avec le bonhomme et puis je pense qu’il y avait un enfant de quatre ans avec eux, et puis ils sont allés dans leur hutte. J’appelle ça une hutte, disons que c’est une petite cabane fermée. Eux autres évidemment tout le monde vit à terre sur du plancher, le plancher chauffé par en dessous.

Dans le dessous du système de chauffage il avait caché des sacs de riz, des sacs d’herbe et puis il était revenu avec ça. Le geste des yeux etc., c’était poignant. Là nous autres on est dans un pays qui est étrange. On a cette vieille personne-là qui est le patriarche et puis qui dit : « Moi je veux aller à ma maison qui est là, puis j’ai pas le droit d’y aller parce que c’est dans votre no-man’s land.» Là il montre à sa famille, c’est là qu’est votre demeure, c’est là vous devriez être. Il a aucun contrôle là-dessus lui. Évidemment on est en guerre; c’est ça qui est l’affaire.

Mais on voit la souffrance du peuple. Tu sais, le peuple a souffert. Quand on pense à la Corée qui avant qu’on arrive nous autres, ça faisait deux, trois fois que ça redescendait jusqu’à Poussan et puis ça remontait. Alors ça a été un moment qui m’a quasiment convaincu de la valeur de notre présence en Corée.

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